Il y a quelque chose que je n’ai jamais dit à voix haute. Que certains soirs, en rentrant du travail, je me gare sur le parking derrière la zone commerciale et je reste là, moteur éteint, à regarder les gens passer. Pas par ennui. Par faim. Une faim que je ne sais plus comment nommer depuis longtemps.
Je vis au Creusot depuis presque quinze ans. Une vie qui ressemble à quelque chose de bien de l’extérieur. Un appartement correct, un travail stable, des habitudes qui se sont installées sans que je les aie vraiment choisies. Et un vide que j’ai appris à ignorer, puis à accepter, et qui maintenant me parle trop fort pour que je fasse semblant de ne pas l’entendre.
Je m’appelle Betty. J’ai 38 ans et je ne suis pas malheureuse, c’est ce qui est compliqué à expliquer. Je ne fuis pas quelque chose de terrible. Je cours vers quelque chose que j’ai étouffé trop longtemps. Le désir. Pas le désir romantique, le désir physique, charnel, celui qui fait oublier son prénom pendant quelques minutes. Celui que j’ai laissé mourir à petit feu sans m’en rendre compte.
Ce que j’imagine, c’est simple dans sa forme. Un rdv femme-homme, dans une voiture, quelque part. L’anonymat de l’habitacle, le bruit de la pluie si on a de la chance, la chaleur qui monte vite quand les corps se rapprochent. Pas besoin d’un hôtel, pas besoin d’une mise en scène. Juste deux adultes qui se choisissent pour une heure et qui savent exactement pourquoi ils sont là.
Je suis brune, physique ordinaire, le genre de femme qu’on ne remarque pas forcément dans une salle d’attente mais qu’on ne regarde plus de la même façon une fois qu’on l’a vraiment vue. Je parle de ça parce que l’intensité ne se lit pas sur un visage au premier coup d’oeil. Elle se révèle autrement.
Ce que je cherche chez un homme, c’est quelqu’un qui comprend ce type de situation sans qu’on ait besoin d’en faire le tour pendant des heures. Quelqu’un de posé, qui n’a pas besoin de performer ni de se raconter. Qui sait mettre à l’aise une femme qui n’a plus l’habitude d’être touchée et qui en a pourtant besoin profondément.
J’éc
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