La nuit dernière encore, je n’arrivais pas à dormir. Je me suis levée, j’ai ouvert une bouteille de vin rouge que personne ne m’avait offerte, et je me suis assise dans la cuisine en écoutant la pluie tomber sur Mérignac. C’est dans ces moments-là que ça revient. Pas la tristesse exactement. Plutôt cette sensation physique d’avoir envie de parler à quelqu’un, vraiment parler, la voix basse, les mots qui glissent vers quelque chose de plus intime.
Je suis veuve depuis trois ans. Quarante-sept ans, cheveux noirs, corps mince, une origine colombienne que ma mère m’a laissée en héritage avec le caractère qui va avec. Je n’ai pas cherché à rencontrer qui que ce soit pendant longtemps. Et puis j’ai réalisé que ce qui me manquait n’était pas forcément une relation, c’était cette tension entre deux personnes qui se découvrent, ce moment où les mots deviennent plus osés que prévu.
Je ne cherche pas à rejouer le rôle de femme mariée rencontre après rencontre pour combler un vide. Ce que je veux, c’est une conversation qui commence normalement et qui dérive. Un homme qui sait écrire, qui n’a pas peur d’aller un peu loin dans ce qu’il dit, qui comprend que les mots peuvent être aussi efficaces que le reste.
Je suis chez moi, ce soir comme les autres soirs. La maison est calme. Mon téléphone est dans ma main. Et j’attends qu’un homme ait envie de me faire oublier le silence.
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