Il y a des soirs où je commande un café que je finis froid parce que je regarde les autres sans les voir vraiment. Furiani est une ville où tout le monde se connaît, et moi je suis celle qu’on croit connaître.
J’ai 49 ans et j’ai aimé fort. Trop fort peut-être, ou pas assez bien. J’ai eu un homme qui me regardait comme si j’étais la seule chose réelle dans une pièce pleine de monde. Ce regard-là, je ne sais pas si je le retrouverai. Mais j’ai arrêté de chercher exactement ce que j’ai perdu. Je cherche autre chose maintenant. Quelque chose d’honnête et de compliqué à la fois.
Je suis polyamoureuse. Ce n’est pas une façon d’éviter les sentiments, c’est une façon de les vivre sans mentir. Et ce qui me traverse en ce moment, ce qui me manque avec une précision étrange, c’est ça : regarder. Être là pendant qu’un homme prend une femme au missionnaire, sentir le poids de cette scène, être incluse sans être celle qu’on touche. On appelle ça le cuckquean. Je n’en ai pas honte. J’en ai juste envie depuis trop longtemps.
Je suis brune, ronde, européenne. Le genre de femme qu’on remarque dans un café mais à qui on n’ose pas parler en premier. Cheveux sombres, corps qui a vécu, regard qui pèse un peu trop pour une première rencontre.
Cette annonce, c’est celle d’une femme seule cherche homme qui comprend les désirs sans les simplifier. Pas quelqu’un qui va me rassurer avec des mots génériques. Quelqu’un qui sait ce qu’il fait, qui a une partenaire ou peut en avoir une, et qui n’a pas peur de me laisser regarder.
On pourrait se retrouver autour d’un café d’abord. Voir si les silences sont supportables. Le reste viendra ou ne viendra pas, mais j’ai besoin que ça commence là, dans quelque chose de lent et de vrai.
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